mes pensées malgré le mal qu'il me fait... >>
Je déchire le papier en mille morceaux et le jette dans la poubelle. Je me laisse tomber sur mon lit en poussant un énorme soupir et n'arrive toujours pas à faire partir cette boule qui squatte mon ventre. Et puis , dans la chambre de ma s½ur je commence à entendre une musique assez rythmée et une voix par dessus la chanteuse : celle de ma s½ur. Je ris , seule. Je sors dans le couloir et colle mon oreille sur la porte. Je pousse la porte , déjà entrouverte. Elle est debout sur son lit , les deux bras en l'air qui se relaient au dessus de sa tête. Elle me fait signe de la rejoindre , j'exécute. Je monte sur le lit à ses côtés et commence à me déhancher comme on le faisait il y a quelques années. Je ris aux éclats et elle , n'est pas mieux que moi. On saute sur le lit comme deux gamines , en remuant les épaules au rythme de la musique. Elle chante encore plus fort que la musique et je me surprends entrain de rire jusqu'à m'en donner d'énormes crampes au ventre. Elle me prend les mains et me fait tournoyer autour de son poignet. J'ai l'impression de l'avoir enfin retrouvée. Je souris , je ris , c'est le vide à l'intérieur de moi. Le vide.
Je n'ai pas encore vu mon père depuis qu'il est arrivé, ici. Je suis devant le lycée , entre la grille et l'arrêt de bus où tout l'monde attend. Je me suis isolée pour n'avoir à parler à personne parce Je N'ai pas envie de parler à quelqu'un. J'attends mon père qui est censé passé me prendre devant le lycée, mais je connais mon père comme personne et je sais qu'il arrivera avec dix à quinze minutes de retard. Je me suis toujours dit que je n'avais pas besoin de meilleur(e) ami(e) parce que mon père joue ce rôle pour moi , je lui ai toujours raconté tout dans les moindres détails. Ce n'est pas un père comme les autres , pas celui qui hurle sur ses enfants parce qu'ils sont rentrés trop tard de soirées , pas celui qui leur reproche de ne pas être allés en cours , pas celui qui reproche à sa fille d'avoir un copain , puisque lui-même est bien pire. Mon père n'a même pas encore passé la trentaine. Mon père est jeune , il est beau. Il déteste que je l'appelle << Papa >> parce qu'il a peur que les gens croient qu'il est agé et il déteste ça. Je considère mon père comme un ami et souvent les personnes que je connais ont du mal à croire que c'est vraiment mon père. Je sors mon portable de ma poche pour voir l'heure. Il est 14h10. Une voiture s'arrête à ma hauteur et un homme en descend. Je reconnais mon père et je ne peux m'empêcher de sourire comme une idiote. Je lui cours dans les bras sans attendre qu'il sorte ses affaires du coffre de la voiture. Je l'embrasse , il fait de même. Je le serre dans mes bras jusqu'à en avoir les bras qui me font mal. Je sautille sur place encore dans ses bras et lui colle d'énormes baisers sur les joues.
<< Papa : Jenna , Jenna , calme toi !
Jenna : J'suis contente de te voir.
Papa : Je crois l'avoir compris. >>
Je me mets sur le côté pour qu'il puisse sortir ses affaires et le regarde avec un grand sourire niais.
<< Papa : Tu peux m'aider , si tu veux également.. >>
Je me retourne discrètement avant de prendre sa valise pour voir si IL me regarde. Il est loin et je sens pourtant son regard sur moi, je le fixe pendant quelques secondes ,sans aucune expression distincte, avant que mon père me ramène à la réalité.
<< Papa : Tiens ! Celle-ci c'est la moins lourde. >>
Je prends la valise du bout des doigts , lourde ou pas c'est pas un drame : la valise à de grosses roulettes qui vont m'être d'une grande utilité. Mon père fait un signe de la main à l'homme qui vient de le déposer et se retourne vers moi.
<< Papa : Où va-t-on ?
Jenna : Je ne sais pas. T'as réservé une chambre ?
Papa : Du tout.
Jenna : Ah. Euh .. Ben .. Viens à la maison. J'pense que Maman sera d'accord.
Papa : Tu sais , Jenna , J'veux pas déranger , je ne ..
Jenna : Non , mais c'est bon. Ne t'inquiète pas. - Je sors mon portable - j'vais lui téléphoner avant.
Papa : Ok.
Jenna : Maman ? - Oui. - Oui je suis avec , là. - Oui, oui. - Euh .. Oui - J'voulais savoir si Papa pouvait dormir à la maison pour quelques nuits , il n'a réservé aucune chambre et .. - Ah ok. - Oui pas de problèmes. - Non j'comprends .. - Bisous ..
Papa : C'est non ?
Jenna : Non. C'est oui. >>
Le bus arrive. Je propose à mon père de le prendre , comme " nous " sommes assez chargés. Il accepte. Le bus s'arrête à notre hauteur , tous les autres soupirent. Je monte la première en trainant la valise avec difficultés, mon père fait de même tout en douceur ( ironie ) avec ces deux gros sacs. On s'assoit dans le fond , ce que je regrette rapidement : Tom vient s'assoir juste à côté de nous avec deux de ses copains. Je le regarde tout en esquivant son regard quand il se tourne vers moi. Le coup du " Je regarde la fenêtre derrière " qui ne marche pas du tout , je dois l'avouer.
<< Papa : Sinon , Ça va ma chérie ? >>
Je fais un signe de tête qui pourrait signifier , et un Oui , et un Non. Mon père m'a toujours donné des surnoms affectifs assez poussés comme ça. J'ai toujours détesté ça, il le sait. Il continue :
<< Papa : J'ai pleins de choses à te raconter , je suppose que pour toi c'est pareil.
Jenna - je pose ma main sur la sienne : Oui , j'ai des choses à te raconter.
Papa : Ta soeur , ça va ?
Jenna : On va dire : mouais. Elle s'accroche.
Papa : Impec. >>
Il me pose des questions à n'en plus finir , je lui réponds. Je ris. Ce n'est pas le genre de personne à lâcher l'affaire , à te demander une chose dont il se contrefiche , non.
<< Jenna : Et toi , dans tout ça ?
Papa : Moi ? Pas grand chose à dire , tu sais. Depuis que tu es partie , j'suis tout seul dans mon - il prend un air bourgeois - grand appartement new-yorkais.
Jenna : Tu sais ici , j'ai plus grand chose à faire. Je me demande même pourquoi je suis revenue..
Papa : Ne dis pas ça , t'as trouvé des gens biens ici.
Jenna - je lance un regard à Tom , qui ne me lâche pas des yeux : Pas vraiment , non... >>
Le bus se stoppe , c'est notre arrêt. Je commence à descendre avec la grosse valise , suivit par mon père qui se bat avec ses deux sac dans la descente de bus. Papa observe les alentours avec un grand sourire. Il avance droit devant lui , je le suis. << Laisse moi faire , j'suis sûr que j'peux retrouver mon chemin >> me dit-il.
<< Jenna , Attends ! >>
Je me retourne et aperçoit Tom. Tout en essayant de ne pas sourire niaisement , je garde mon sérieux.
<< Tom : Qu'est-ce qui t'prend ?
Jenna : Pardon ?
Papa : Tu me rejoins à la maison , Mon c½ur. - je lui fais un signe de tête.
Tom : Mon c½ur ? Toi qui te plaignait ne pas en avoir assez de ma part des " mon coeur " et des " ma chérie " , t'es servie.
Jenna : Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ?
Tom : Tu t'rends compte que ce mec à vingt ans de plus que toi , au moins ! Tu m'as plaqué pour un mec qui a le double de ton âge !
Jenna : Déjà une , tu te calmes ! Ensuite ce n'est pas moi qui t'ai plaqué , ou si jl'ai fait du moins c'est à cause de tes conneries. Et pour finir ce mec comme tu dis , c'est pas .. Et puis de toute façon j'ai pas à me justifier. J'sais pas pourquoi j'te dis ça. T'es jaloux ?
Tom : Pas du tout.
Jenna : Alors pourquoi tu m'demandes tout ça ?
Tom : Parce que ça m'fait chier que tu resortes avec ce petit con de new-yorkais !
Jenna : Mais c'est pas mon copain , merde !
Tom : C'est quoi alors , le pape ?
Jenna : T'es trop con. - je commence à partir.
Tom : J'te comprends plus , Jenn'
Jenna : Ta gueule.
Tom - il se rapproche : Quoi ?
Jenna : Ta gueule ! Je peux te le répéter autant de fois que tu veux. Tu me reproches des choses qui n'existent même pas. A force de t'intéresser qu'à toi et à ton propre intérêt, tu dis n'importe quoi à mon sujet. Tu n'sais rien de moi , tu n'as jamais rien su de moi, Tom ! - J'ai le visage rempli de larmes. - J'sais même plus si jt'aime ou si je te hais ! J'verse des litres de larmes à cause de toi. Mais t'es trop préoccupé par ce que je fais avec les autres mecs que tu ne t'en rends même pas compte ! J'ai peut-être embrassé Sam , mais j'étais saoule ! J'étais saoule à cause de toi , j'ai bu pour oublier le mal que tu me fais , Tom ! J'arrive même plus à ne pas penser à toi ne serai-ce qu'une seconde , une seule et unique seconde.
Tom : Jenna , Je ..
Jenna : Laisse moi finir ! Tu cherchais tell'ment à me reprocher des choses que je ne faisais pas que tu n'as même pas vu que , dans tout ça , j'essayais de te récupérer. Tu n'vois rien. Tu veux que je t'oublie ? J'le ferais sans problème mais laisse moi le temps. Je t'aime à en crever , inconscient ! Ouvre les yeux , merde !!
Tom : Comment voulais-tu que je devine tout ça ?
Jenna : J'en sais rien. Va-t-en !
Tom : Non , Jenna , Je reste.
Jenna : Casse toi , j'te dis !
Tom : Moi aussi je t'aime Jenna.
Jenna : Jm'en fous , casse toi. >>
Il continue de me regarder. Je m'assois sur le rebord du trottoir et enfouis ma tête entre ma poitrine et mes genoux. Il s'assoit à côté de moi.
<< Tom : Tu cherches des prétextes pour m'oublier , je ..
Jenna : Laisse moi. >>
Et il est parti ..